Un petit tour dans le passé avant d’aborder l’actualité...
Il faudra attendre le moyen âge avec la construction des châteaux forts pour que la conception de l’escalier présente un réel intérêt. A cette époque, ils sont en pierre et en dehors des pièces de vie à cause des courants d’air qui s’y engouffrent. On les trouve le plus souvent dans les donjons et sont de forme hélicoïdale pour un souci de place. Eh oui, déjà une préoccupation de l’époque !
Cela dit pas tout à fait pour la même raison qu’à l’heure actuelle (un château c’est autre chose que 100 m2 de surface !). C’est plutôt que l ’espace escalier d’alors est réservé uniquement à la distribution et ne nécessite donc pas d’égard particulier. L’autre intérêt de l’escalier colimaçon est de freiner les ennemis dans l’accès aux étages supérieurs. On en devinera la raison ! Dans les églises, les escaliers pour accéder à la chaire sont en bois et très ouvragés. Les escaliers présents dans les édifices religieux seront précurseurs de la beauté des escaliers dans le civil. Par la suite (c’est-à-dire fin du moyen âge), avec l’apparition de l’artillerie, les châteaux s’ouvrent et la priorité est au confort et au prestige. Par tradition, on garde l’escalier hélicoïdal mais on s’évertuera à le rendre le plus majestueux possible. Ils demeurent en pierre mais le bois fait son apparition notamment pour les escaliers d’apparat. Ces prémices de l’importance du Beau s’exprimeront à souhait à la Renaissance avec l’influence Italienne. Dorénavant les escaliers occupent le centre des châteaux. Les ouvrages réalisés révèlent une grande maîtrise des compagnons de l’époque. Les formes évoluent considérablement pour mettre en avant le côté esthétique de l’escalier au-delà de son aspect fonctionnel. L’escalier devient un thème essentiel pour les architectes qui peuvent exploiter leur sens de créativité jusqu’au bout. C’est une période propice aux inventions extraordinaires. Le château de Chambord avec son escalier à deux révolutions en est un très beau témoignage. C’est la période François 1er (seconde moitié du 16° siècle). Petit à petit, avec la création de grands halls d’accueil, apparaissent des escaliers droits toujours aussi prestigieux avec des paliers de repos et des mains courantes continues. Avec l’influence Italienne disparaît l’escalier à vis (colimaçon) prisés par les Français et les Allemands au profit de l’escalier rampe sur rampe. C’est l’arrivée des temps modernes. A la fin du XIXe siècle, l’escalier à l’Anglaise domine par son élégance. On mélange aisément les matériaux. Les courbes peuvent être d’une grande complexité comme celles proposées par Mazerolle, Delataille ou encore Jamin, les premiers “concepteurs” (terme anachronique bien sûr de l’époque), compagnons maniant l’art du trait. Par la suite, progressivement, avec l’arrivée du chauffage central et de l’isolation, les pièces de vie font office à la fois de cuisine, de salle à manger et de séjour. Nous sommes fin du XXe siècle. L’escalier est placé dans cet espace comme un objet décoratif. Ainsi, les halls de distribution sont réduits au profit de l’espace principal.
Aujourd’hui... Qu’apportons nous de plus que par le passé?
Une technicité innovante alliée à de nouveaux matériaux permettent de répondre à une nouvelle recherche de la beauté s’exprimant à travers la légèreté et la transparence. Nous sommes dans l’ère contemporaine de l’escalier même si le traditionnel demeure. Dorénavant, l’escalier est d’abord une oeuvre d’art que l’on veut montrer, que l’on veut admirer et cela dans notre habitat de tous les jours et plus seulement dans les grands édifices. Il devra être aussi confortable d’utilisation ce qui impliquera une technicité poussée à l’extrême. Certes, nous n’avons rien inventé fondamentalement par rapport au passé. L’escalier suspendu dans le vide à Torgau en Allemagne conçu au XVe/XVIe siècle est un très bel exemple d’une prouesse architecturale de cette époque présentant déjà un concept contemporain. Plus proche de nous, on peut parler de l’escalier hélicoïdal de Robert Tallon (designer industriel) présenté pour la première fois au salon Batimat de 1964. Cet escalier sans rampe est réalisé en fonte d’aluminium et devient une référence dans le domaine du mobilier contemporain et reste commercialisé de nos jours.